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À PEAU DE FLEUR

tératologies végétales

12 09 2022


peinture végétale à l'huile contemporaine sur calque

Je ne sais pas s'il est plus difficile de peindre ou de parler de peinture. J'ai commencé à peindre juste avant le confinement. Il m'était devenu difficile de dessiner, mes yeux refusant progressivement de faire la focale sur ces multitudes de points de détails. Écoutant enfin les conseils de mon grand père, je pris les pinceaux. J'avais peint un peu autrefois, à l'acrylique. C'était une pâte plastifiante, un peu gluante au début puis qui séchait en couche rapide et terne. L'huile est bien plus sauvage ! Je découvrais toutes les possibilités de textures, de transparences, de couches et de temporalités qu'elle permet. Je ne cacherais pas qu'au départ il était question d'une bataille. J'ai compris ensuite qu'il fallait lâcher prise. Je ne pouvais pas tout maîtriser avec l'huile, il fallait revenir aux taches, au hasard. J'ai découvert la transparence. J'ai découvert la couleur. J'ai découvert le geste.

J'ouvrais, dès lors, une porte sur un univers immense. Comme une gamine, je redécouvrais le plaisir d'apprendre, la curiosité des premières fois ; J'étudiais les théories des couleurs et m'intéressais à l'histoire technique de la peinture à l'huile. Je rencontrais mon artisan. Je préparais mes supports. Mais surtout je posais mes gestes. Je travaillais alors « à l'envers ». Alors que le dessin est une construction minutieuse au fur et à mesure , une accumulation qui construit la forme finale, la peinture est un geste qui pose les fondations de la forme.

Je laissais ma main poser la peinture.

En peignant, je découvre que mon processus à changé. Je deviens attentive aux masses, à la composition. Je m’intéresse aux réels équilibres entre proche et éloigné. Entre clair et obscur. Je tente de déterminer un point focale.


triptyque peinture à l'huile végétaux sur calque


La peinture est une peau, une surface qui s'étend et se tend. Elle affleure sur la toile , recouvre et caresse. Le pinceau dépose par le geste la trace translucide de la pâte. Jaillissent alors des corps végétaux, organes floraux turgescents, corolles douces et membranes. Elles croissent sur la toile, avancent et reculent. Elles s'enfoncent au loin pour réapparaître, inattendus en périphérie. Elles se montrent et se cache au grès des transparences. Les formes pendent ou s'érigent, poussent ou fanent selon le sens du tableau. Retournez-les et vous changerez de paysage. La fleur de « à fleur de peau » est une surface, la peau est une épiderme. Alors peindre « à peau de fleur », est-ce peindre peau à peau avec la peinture ? est-ce donner à voir sa sensibilité ? Il fallait venir à la peinture pour toucher à tous les sens. Épidermique, silencieuse, et appétante, la peinture empreinte à tous les plaisirs sensibles. Elle appelle le plaisir visuel par la couleur et comme une plante carnivore nous mord le regard. Nous prend au piège. Enivrante, enfin, elle me fait voyager comme la madeleine de Proust dans l'atelier de mon grand-père. Il disait qu'il aimait l’odeur de « ses huiles ». La peinture à l'huile a cette odeur grasse et acide, douce-amère, qui transporte dans les ateliers de tous les peintres de l'histoire.

Ainsi, peindre est un réseau. C'est la capacité de créer des strates, des couches. C'est la possibilité de dialogue entres les sens. C'est se connecter avec l'histoire et se glisser dans l'oeil et la main du grand père. Elles on bien poussées mes pensées. Elles se multiplies, grossissent et se font cellules. Ce ne sont pas que des fleurs. Ce ne sont pas que des plantes. Ce ne sont pas non plus que des membres. Ce sont des choses-monstres. Ce sont les formes vivante intermédiaires. Ce sont les accidentés, les non-fini, les infini. Elles sont les témoins de ce qui évolue de ce qui change, est en transition. Elles sont gestantes et en gestation. Elles sont à la fois naissantes, vivantes et mourantes.


Ainsi j'ai constaté que j'aimais faire advenir des salades, des poumons, des pétales et des tripes, je peins à peau de fleur.

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